Exposition

Verdun, retour à une ‘’normalité‘’


Il est des noms de villes qui, à jamais, seront associés à la part sombre de l'histoire des hommes. Verdun est, depuis plus d'un siècle, porteuse des stigmates des terribles combats dont la région a été le funeste théâtre entre le 21 février et le 18 décembre 1916. 163000 tués ou disparus et 215000 blessés côté français , 143000 tués ou disparus et 196000 blessés côté allemand. Sur presque chaque monument aux morts de France est gravé le nom d'un jeune mort dans des tranchées qui mêlaient les sangs alliés et ennemis dans une même boucherie.

Michel Nizio a arpenté, plus de cent ans après, les champs de bataille ravagés par une lourde artillerie où de nombreux soldats ont péri. Il a visité les lieux de mémoire qui perpétuent la bravoure de ces poilus ayant donné leur vie pour une cause qui les dépassait certainement. Leur souvenir palpite encore dans chacun de ces édifices mémoriaux, stèles, cimetières, musée, ossuaires, qui jalonnent la région .
Pour autant, dans les images réalisées, le photographe s'est attaché à dessiner, en contrepoint, un visage diffèrent de cette cité-martyre. La vie y a repris le dessus dans des rues commerçantes semblables à celles des centres des cités épargnées : ce cœur de ville qui bat c'est toutes ces boutiques, pressing, cafés, magasins de vêtements, qui font tissu . Certes, on pourrait penser que ces devantures sans âme qui vive – ni chalands ni vendeurs- pourraient perpétuer cette image sombre que chacun a de Verdun. Mais non ! Chacune de ces vitrines, saisies tôt le matin , attend de se réveiller et de s'offrir à la foule . Il y a promesse de vie là où il y a eu moisson de mort. Les enseignes aux appellations variées semblent exhiber leur identité amusée – Les diablesses, la p'tite cocotte- comme si elles se gargarisaient de cette ivresse, face à la tristesse sans nom d'un soldat mort inconnu.
C'est donc dans cette perspective d'une ville qui n'oublie rien de l'horreur mais qui choisit de continuer à vivre que l'on doit lire ces diptyques . Puissent ces derniers rendre un peu de l'émotion qui fut celle de Michel Nizio en foulant ces terres de Meuse.


Texte de Rémi Tournier